Un clavier d'ordinateur. Ca faisait, il faut bien l'avouer, longtemps. Non pas que je me relachais, mais ici la vie a fini par prendre son rythme et recouvrir ce qui restait de Paris dans mes idées. Du coup, exit le blog.
Juin et Juillet furent chargés. Très chargés. Emotionnellement, je m'entends. Mais par pudeur, ami lecteur, je n'en dirai rien.
Toujours est-il que depuis le 13 puis le 20 Juillet, ma soeur et ma mère sont venues me rejoindre au Caire, et force est d'avouer que je vis depuis un air de "déjà-vu" (c'est plus drôle dit en Anglais), puisque trois ans après ma première escapade cairote, les voilà qui reviennent aussi visiter la mère du Monde.
Comme quoi, back2cairo, c'est pas que pour moi...
Ma question est maintenant : à qui le tour ?
samedi 28 juillet 2007
lundi 4 juin 2007
Une semaine ordinaire au Caire
Alors voilà. Je me suis dit, dans un accès de vanité, que ma vie ici méritait un descriptif exhaustif, s'étalant sur une semaine pleine.
C'est que je jouais jusqu'ici le pudique délicieux. Du moins, j'essayais. Je me disait que ça valait le coup de décrire le Caire avec la distance que ma précédente expérience me conférait. Sans doute. Mais là, puisque la Vox Populi me demande des sensations, je me révèle : oui, tout va bien, et il n'y a aucune raison pour que ça change.
Tu te fais chier dans ton stage ? A Paris il fait gris ? En France il fait froid ? Au Japon la vie est chère ? Les gens ne sont pas sympas en Chine ?
Eh bien je te le lance : je m'en fous. Je suis heureux. Et tout le mal que je te souhaite, c'est que tu le sois autant que moi !
Ami frustré par ta vie monotone de stagiaire à Paris : rince-toi l'oeil. Je suis déjà trop bon de te donner les miettes de mon bonheur.
Dimanche. Premier jour de la semaine. Boulot, de 10h30 à 21h. De mon bureau climatisé, je regarde Ard el-Golf, à Héliopolis, s'étaler sous mes yeux, avec ses arbres, ses immeubles de standing, ses belles voitures. Taxi à l'aller pour venir travailler, taxi au retour pour revenir chez moi. c'est là que ma semaine commence véritablement : Nâgui m'attend, et nous filons dans sa voiture au Club Grec, sur la place Tala3at Harb, où nous retrouvons ce lieu où mon cher colocataire est VIP.
Voilà, je le savais, il a craqué sur la ficelle de mon appareil photo. Quel âne, ce chat. (c'est plus drole en Arabe comme phrase).
Bôh, j'ai toute ma mort pour dormir...
mercredi 30 mai 2007
Misère Joviale ?
"Gais dans leur misère" Voici comment le Guide du Routard, en 2003, décrivait les Egyptiens.
Les imbéciles ! Comment peut-être pauvre, sans le sou, sans ressources, sans savoir ce que l'on va manger le soir, et être heureux ? Le reporter qui a rédigé une telle phrase a-t-il seulement été pauvre une fois dans sa vie ? A-t-il jamais manqué de pain ?
Ce matin, je croise une paysanne dans sa melâya (tunique noire traditionnelle). Elle vend des mouchoirs. Ils sont pleins de poussière. Celle du Caire n'épargne personne, certainement pas les plus démunis. Elle fixe le sol, l'air hébété par la vie qui l'écrase, par ce soleil aussi. Elle porte des scarifications sur le visage. J'en déduis qu'elle doit venir du Sa3îd, du Sud de l'Egypte. Ses yeux sont envahis par la noirceur du goudron qu'elle scrute.
Elle ne sourit pas. Et elle n'a pas l'air heureuse. Ni gaie.
Comment pourrait-elle l'être, elle qui a visiblement passé le cap des 60 ans ?
La misère ne fait rire personne, Monsieur le reporter du Guide du Routard. Certainement pas ceux qui en sont victimes. Daignez vous acheter les meilleures lunettes qui soient pour comprendre un pays : apprenez-en la langue, la culture, les coutumes et les rites. Et vous verrez que derrière certaines "misères gaies" se cachent des ombres que vous n'auriez jamais pu concevoir. Epargnez-nous vos lieux communs du Bon Nègre ou du Gentil Arabe qui sourit à tout va.
Oui, les Egyptiens sont un peuple jovial. Mais la misère ne les fait pas rire. Certes, moi le Parisien, j'ai rarement vu autant de sourires qu'ici, de gens que je ne connaissais pas, qui ne m'avaient jamais vu, et qui ne me recroiseront jamais.
Oui, les Egyptiens croquent la vie à pleines dents. Et les montrent volontiers pour sourire. Rire.
Quand ils en ont.
Car cette paysanne était édentée. La faute à l'âge, à la solitude, à la misère.
Qui n'avait rien de gai.
Les imbéciles ! Comment peut-être pauvre, sans le sou, sans ressources, sans savoir ce que l'on va manger le soir, et être heureux ? Le reporter qui a rédigé une telle phrase a-t-il seulement été pauvre une fois dans sa vie ? A-t-il jamais manqué de pain ?
Ce matin, je croise une paysanne dans sa melâya (tunique noire traditionnelle). Elle vend des mouchoirs. Ils sont pleins de poussière. Celle du Caire n'épargne personne, certainement pas les plus démunis. Elle fixe le sol, l'air hébété par la vie qui l'écrase, par ce soleil aussi. Elle porte des scarifications sur le visage. J'en déduis qu'elle doit venir du Sa3îd, du Sud de l'Egypte. Ses yeux sont envahis par la noirceur du goudron qu'elle scrute.
Elle ne sourit pas. Et elle n'a pas l'air heureuse. Ni gaie.
Comment pourrait-elle l'être, elle qui a visiblement passé le cap des 60 ans ?
La misère ne fait rire personne, Monsieur le reporter du Guide du Routard. Certainement pas ceux qui en sont victimes. Daignez vous acheter les meilleures lunettes qui soient pour comprendre un pays : apprenez-en la langue, la culture, les coutumes et les rites. Et vous verrez que derrière certaines "misères gaies" se cachent des ombres que vous n'auriez jamais pu concevoir. Epargnez-nous vos lieux communs du Bon Nègre ou du Gentil Arabe qui sourit à tout va.
Oui, les Egyptiens sont un peuple jovial. Mais la misère ne les fait pas rire. Certes, moi le Parisien, j'ai rarement vu autant de sourires qu'ici, de gens que je ne connaissais pas, qui ne m'avaient jamais vu, et qui ne me recroiseront jamais.
Oui, les Egyptiens croquent la vie à pleines dents. Et les montrent volontiers pour sourire. Rire.
Quand ils en ont.
Car cette paysanne était édentée. La faute à l'âge, à la solitude, à la misère.
Qui n'avait rien de gai.
mercredi 23 mai 2007
Solit'air
Une pensée me taquine depuis quelques jours, depuis que je réalise que j'ai rejoint le sein de امّ الدنيا. Je me dis que je suis seul ici, avec mon passé, mon futur, ce fil des jours poisseux qui m'accompagne depuis tout petit, d'île en île en capitale mondialisée.
Ahmed le taximan me scrute un instant. Il essaie de voir mes yeux. Peine doublement perdue : mes lunettes de soleil ne sont pas transparentes, et mon regard est fuyant.
Je regarde cette ville immense s'agiter : tous ces humains qui s'agitent, vivent, aiment, meurent parfois.
J'assiste à tout ça, indifférent. Je suis là, mais ailleurs.
Et pendant que mon cerveau observe mon nombril, tous ces Egyptiens qui me ressemblent mais qui ne sont pas moi, vaquent à leurs affaires. On est peu de chose !
Une gorgée de jus de citron ?
J'accepte, de bon coeur.
Merci Ahmed de m'avoir sorti de ma torpeur. On est peu de chose, autant se faire une raison.
Je fais une grimace au petit garçon qui me fixe par la fenêtre du 4x4 climatisé de son père. Il se cache en éclatant de rire.
انتا صياع me lance Ahmed. Sans doute aucun.
Et je soupire d'aise en pensant à ce gros chat tout plein de poils qui m'attend dans mon appartement à Héliopolis. Je pense à Nâgui, mon cher colocataire, qui doit regarder un vieux film égyptien, tranquillement installé dans son marcel, devant un verre de Porto.
Et je souris.
Franchement.
En fait, je suis bien ici.
Ahmed le taximan me scrute un instant. Il essaie de voir mes yeux. Peine doublement perdue : mes lunettes de soleil ne sont pas transparentes, et mon regard est fuyant.
Je regarde cette ville immense s'agiter : tous ces humains qui s'agitent, vivent, aiment, meurent parfois.
J'assiste à tout ça, indifférent. Je suis là, mais ailleurs.
Et pendant que mon cerveau observe mon nombril, tous ces Egyptiens qui me ressemblent mais qui ne sont pas moi, vaquent à leurs affaires. On est peu de chose !
Une gorgée de jus de citron ?
J'accepte, de bon coeur.
Merci Ahmed de m'avoir sorti de ma torpeur. On est peu de chose, autant se faire une raison.
Je fais une grimace au petit garçon qui me fixe par la fenêtre du 4x4 climatisé de son père. Il se cache en éclatant de rire.
انتا صياع me lance Ahmed. Sans doute aucun.
Et je soupire d'aise en pensant à ce gros chat tout plein de poils qui m'attend dans mon appartement à Héliopolis. Je pense à Nâgui, mon cher colocataire, qui doit regarder un vieux film égyptien, tranquillement installé dans son marcel, devant un verre de Porto.
Et je souris.
Franchement.
En fait, je suis bien ici.
samedi 19 mai 2007
Le Petit Caire Illustré
Ca y est, je redécouvre la technologie : j'arrive enfin à connecter mes différents placentas (appareil photo, ipod, clé USB...) à l'ordinateur de Nâgui. J'en profite donc pour vous montrer quelques petites vues anodines de mon ordinaire...
Ne me blâmez pas pour les qualités d'image car je dois composer avec une connexion de 56k, datant de Mathusalem. Que mon réseau local Freebox me semble loin !
Mosquée de Ramsès, vue de l'auto-pont gigantesque 26 Yûlyo.
J'aime voir apparaître la Citadelle, c'est un bâtiment hors du temps, hors du Caire.
Voici donc la terrasse du Département d'Enseignement de l'Arabe Contemporain (DEAC pour les intimes), au centre-ville, juste au-dessus du Consulat de France. Les gens qui y travaillent (Wadî3a et tous les professeurs) sont adorables, chaleureux, vivants... Ils contrastent tellement avec les élèves, aigris, fatigués et grincheux pour la plupart !
Mon balcon... Papyrus, bougainvilliers, fougères (fougères, au Caire !!!), cactus, fleurs dont je ne connais pas le nom mais qui m'accompagnent depuis mon enfance dans les îles. Décidément, cette ville m'a tout de familier. A part son code de la Route.
En fait, jusqu'ici tout va bien...
Ne me blâmez pas pour les qualités d'image car je dois composer avec une connexion de 56k, datant de Mathusalem. Que mon réseau local Freebox me semble loin !
Mosquée de Ramsès, vue de l'auto-pont gigantesque 26 Yûlyo.
J'aime voir apparaître la Citadelle, c'est un bâtiment hors du temps, hors du Caire.
Voici donc la terrasse du Département d'Enseignement de l'Arabe Contemporain (DEAC pour les intimes), au centre-ville, juste au-dessus du Consulat de France. Les gens qui y travaillent (Wadî3a et tous les professeurs) sont adorables, chaleureux, vivants... Ils contrastent tellement avec les élèves, aigris, fatigués et grincheux pour la plupart !
Mon balcon... Papyrus, bougainvilliers, fougères (fougères, au Caire !!!), cactus, fleurs dont je ne connais pas le nom mais qui m'accompagnent depuis mon enfance dans les îles. Décidément, cette ville m'a tout de familier. A part son code de la Route.
En fait, jusqu'ici tout va bien...
mardi 15 mai 2007
The Egyptian Way Of Life
Qu'est-ce que le bonheur ?
La dernière fois que j'ai écrit sur le sujet, j'étais en train de goûter aux charmes de la Dolce Vita, au bord d'une piscine, où le soleil tamisé par des tentures semblait tracer sur ma feuille par des rayons rendus innofensifs, chaque mot, chaque pensée avant même qu'elle ne me vienne à l'esprit. Mon corps perclu de courbatures savourait alors chaque minute de la mélodie des grillons -Douce France-, en se remémorant le long périple qui m'avait conduit de Paris jusque dans le Gard à vélo.
C'était il y a deux ans.
Je "bois" (les Arabes ne fument pas, ils boivent la fumée) une chicha au vague goût de pomme, sur le balcon de Nâgui mon colocataire affectueusement surnommé "Madame Rose" (roulez les "r") par sa pléthore d'amis, en compagnie d'un chat persan -nous sommes en Egypte- qui me scrute grattant mon bloc de papier en prenant le soin de respecter le Code de la Route cairote : ne jamais respecter les lignes.
Douce nuit !
Chopin, par ses Nocturnes, a remplacé les grillons. L'air est frais, et le ciel dégagé laisse mes yeux regarder les étoiles irisant l'obscurité rassurante de ma rue -nous sommes au Caire, la mégalopole illuminée qui ne dort jamais-. Mon appartement est entouré de fleurs, d'arbres et de parcs, au milieu d'Héliopolis. Moi qui aime le béton et la ville, j'apprécie pourtant à sa juste valeur cette rarissime débauche de verdure dans laquelle je me roule tous les soirs avant de me coucher.
Et si le bonheur c'était ce moment parfait sartrien, où tout s'inscrit naturellement -chaque lettre dans mon bloc-notes, chaque pensée- dans un cadre prédéfini ?
Que je suis loin de ce Caire que je redoutais !
La dernière fois que j'ai écrit sur le sujet, j'étais en train de goûter aux charmes de la Dolce Vita, au bord d'une piscine, où le soleil tamisé par des tentures semblait tracer sur ma feuille par des rayons rendus innofensifs, chaque mot, chaque pensée avant même qu'elle ne me vienne à l'esprit. Mon corps perclu de courbatures savourait alors chaque minute de la mélodie des grillons -Douce France-, en se remémorant le long périple qui m'avait conduit de Paris jusque dans le Gard à vélo.
C'était il y a deux ans.
Je "bois" (les Arabes ne fument pas, ils boivent la fumée) une chicha au vague goût de pomme, sur le balcon de Nâgui mon colocataire affectueusement surnommé "Madame Rose" (roulez les "r") par sa pléthore d'amis, en compagnie d'un chat persan -nous sommes en Egypte- qui me scrute grattant mon bloc de papier en prenant le soin de respecter le Code de la Route cairote : ne jamais respecter les lignes.
Douce nuit !
Chopin, par ses Nocturnes, a remplacé les grillons. L'air est frais, et le ciel dégagé laisse mes yeux regarder les étoiles irisant l'obscurité rassurante de ma rue -nous sommes au Caire, la mégalopole illuminée qui ne dort jamais-. Mon appartement est entouré de fleurs, d'arbres et de parcs, au milieu d'Héliopolis. Moi qui aime le béton et la ville, j'apprécie pourtant à sa juste valeur cette rarissime débauche de verdure dans laquelle je me roule tous les soirs avant de me coucher.
Et si le bonheur c'était ce moment parfait sartrien, où tout s'inscrit naturellement -chaque lettre dans mon bloc-notes, chaque pensée- dans un cadre prédéfini ?
Que je suis loin de ce Caire que je redoutais !
lundi 23 avril 2007
Retour vers le Caire
Depuis le 31 Janvier, je sais que je vais aller effectuer un stage court de deux mois au Caire. Je m'étais pourtant juré de ne jamais y retourner. Cette ville vous mange, vous digère, vous annihile.
Trop épuisant.
Le zahma (trop-plein) est éreintant. Cette ville est un vertige permanent des sens. L'ouïe, la vue, le toucher, le goût, l'odorat sont sans cesse submergés, inondés d'informations. Klaxons, poussière ordinaire, poussière du khamasîn, poussière insidieuse toujours, soleil écrasant, nourriture épicée, odeurs d'échappement, la sueur moite qui vous colle aux doigts et à la peau et à l'âme tout entière. Tout dans le Caire vous écrase.
Son nom est bien choisi. Al-qâhira, la victorieuse. De votre singularité d'abord, puisque vous n'y êtes qu'une fourmi parmi d'autres.
Elle est pourtant une "Mère du Monde" dont on se sépare avec douleur. Pourquoi ? Sans doute parce qu'on s'y attache.
Je l'avais quittée avec impatience. Je vais y retourner avec impatience.
Trop épuisant.
Le zahma (trop-plein) est éreintant. Cette ville est un vertige permanent des sens. L'ouïe, la vue, le toucher, le goût, l'odorat sont sans cesse submergés, inondés d'informations. Klaxons, poussière ordinaire, poussière du khamasîn, poussière insidieuse toujours, soleil écrasant, nourriture épicée, odeurs d'échappement, la sueur moite qui vous colle aux doigts et à la peau et à l'âme tout entière. Tout dans le Caire vous écrase.
Son nom est bien choisi. Al-qâhira, la victorieuse. De votre singularité d'abord, puisque vous n'y êtes qu'une fourmi parmi d'autres.
Elle est pourtant une "Mère du Monde" dont on se sépare avec douleur. Pourquoi ? Sans doute parce qu'on s'y attache.
Je l'avais quittée avec impatience. Je vais y retourner avec impatience.
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